Édition ou autoédition : que choisir ?
Pour faire un choix éclairé

En 2022, 38 733 nouveaux livres ont vu le jour en France, dans le cadre de l’édition traditionnelle. Cela peut paraître beaucoup, mais estimez qu’environ la moitié des Français majeurs écrit… Les 38 733 livres font bien pâle figure à côté des quelque 25 millions d’écrivains potentiels ! Si l’édition traditionnelle fait rêver, si elle est encore vue comme l’argument d’autorité qui garantit d’être un véritable auteur, l’autoédition séduit de plus en plus. Alors, entre édition et autoédition, qu’est-ce qui correspond le plus à votre situation ?
Délai de réponse
De longs délais
Quand on envoie son manuscrit à une maison d’édition (à compte d’éditeur), il faut s’attendre à des délais rallongés. En effet, votre manuscrit n’est pas le seul à se retrouver sur le bureau d’un éditeur ou d’une éditrice, il faut donc trouver le temps de les lire, en plus de toutes les autres tâches. Les délais peuvent aller de quelques semaines à une année complète, même en cas d’appel à manuscrit.
Prendre son mal en patience
L’édition demande une grande patience ; songez que vous l’envoyez à des humains qui ont le même nombre d’heures dans leurs journées que vous. Il arrive également que vous n’ayez ni accusé de réception, ni réponse. Au-delà d’un an, vous pouvez vous dire que c’est fichu pour cette fois.

Améliorer le texte pour convaincre
C’est peut-être parce que votre texte ne répond pas aux standards de la maison, ou qu’il faut l’améliorer. N’hésitez pas à contacter un professionnel pour une bêta-lecture ou une correction, afin d’avoir un texte dans la forme la plus proche d’une réelle publication. C’est un gage de sérieux et cela fait gagner du temps à l’éditeur.

Rapidité et accessibilité de l’autoédition
Si vous ne voulez pas attendre, optez pour l’autoédition. Il vous faudra réécrire, corriger et mettre en page vous-même votre manuscrit, faire votre couverture et rédiger votre quatrième de couverture, ou trouver des professionnels pour faire tout cela. Cela prend aussi du temps, et c’est onéreux, mais c’est plus rapide que d’attendre une hypothétique réponse d’une maison d’édition. De plus, à partir du moment où vous décidez de le faire, c’est fait. Nul besoin d’attendre quoi que ce soit, c’est très facile d’accès !
Travail professionnel

Tout déléguer en maison d’édition
Une maison d’édition (à compte d’éditeur) s’occupe de toutes les tâches relatives à la fabrication d’un livre, à son esthétique, à son impression, à sa communication et à sa vente. Ce sont des professionnels spécialisés dans chacun de ces travaux qui sont mandatés, vous profitez donc de leur expertise et de leurs compétences. Vous êtes bien sûr consulté dans le processus de création, néanmoins ça permet de déléguer toutes les tâches après l’écriture.
Tout faire en autoédition
En autoédition, vous vous occupez de tout. Après avoir écrit, vous devez corriger (ou trouver une correctrice), mettre en page (ou trouver une maquettiste), contacter un imprimeur, choisir la plateforme de vente (BoD ? Amazon ? TheBookEdition ?), faire votre communication (réseaux sociaux, site internet, flyers…), demander des séances de dédicaces en librairie, placer votre livre… D’un autre côté, vous êtes absolument libre de faire ce que vous voulez !
Faire une croix sur un rendu professionnel
De plus, si vous choisissez de faire tout ça vous-même, vous n’êtes pas certain d’avoir un vrai rendu professionnel. Qui est à la fois écrivain, correcteur, maquettiste, graphiste, éditeur, représentant, community manager et libraire ? S’il existe un métier pour chaque étape, ce n’est pas pour rien.
Présence en librairie
Maison d’édition = livre en librairie
Les libraires commandent les ouvrages qu’ils présentent et vendent principalement via les distributeurs (Sodis, Interforum, Pollen…), qui eux-mêmes ont des contrats avec les maisons d’édition. Cela veut dire qu’en étant publié en maison d’édition, qui a un distributeur, n’importe quelle librairie peut commander votre ouvrage.
Une logistique facilitée
Un distributeur permet de faciliter les échanges et de rassembler en un point plusieurs milliers de références. Le libraire peut ainsi commander en une seule fois plusieurs ouvrages, être livré en même temps des divers livres demandés et les renvoyer ensemble. Cela facilite la logistique, en évitant les envois dans tous les sens aux éditeurs.

Être autoédité et en librairie, un vrai combat
En autoédition, il faut se battre pour réussir à placer quelques livres en librairie. Non seulement le libraire ne connaît ni votre personne, ni la qualité de votre écriture, et il ne sait pas quel soin a été apporté au livre, mais ça lui demande également plus d’organisation et de mémoire.
En effet, il faut tenir le compte des ouvrages vendus, du pourcentage de réduction auquel il a droit, retenir vos informations personnelles pour vous contacter, expliquer aux clients qui vous êtes et de quoi parle votre livre, intégrer la vente de vos exemplaires dans sa comptabilité… Bonne chance pour le convaincre !
Pourcentage de droits d’auteur

Un faible taux en maison d’édition
Voilà un grand sujet de discorde : les auteurs ne sont pas assez payés pour leur travail. Je ne peux qu’adhérer à cette affirmation. Il faut cependant prendre en compte que l’éditeur prend tous les risques financiers, en avançant des frais sur les ventes, et s’occupe de payer tous les intervenants : entre 35 et 40 % du prix du livre part au libraire, entre 15 et 20 % au diffuseur-distributeur, le reste devant payer l’impression, les fabricants, les correcteurs, les graphistes, le pôle communication… Voilà pourquoi les droits d’auteur culminent à 10 % du prix du livre !
Un taux bien plus intéressant en autoédition
Par livre, en autoédition, vous touchez plus d’argent. En fonction de la plateforme de vente choisie, vous touchez jusqu’à 50 % du prix du livre. Ça fait rêver ! Cependant, vous vous occupez de tout : correction, mise en page, couverture, impression, frais de port (pour les envois)… Savez-vous combien coûte ne serait-ce qu’une correction ? Pour un roman de 300 pages, soit environ 450 000 signes espaces comprises, avec mes tarifs dégressifs, on arrive déjà à 810 €. À vous de faire le calcul pour voir ce qui est le plus intéressant, en fonction de vos objectifs.
Investissement et rentabilité
Vivre de sa passion ?
En France, on estime à 150 le nombre d’auteurs qui parviennent à vivre uniquement de l’écriture. 150 personnes face à, je le rappelle, 38 733 ouvrages publiés en 2022. À moins de réussir à publier chaque année au moins un best-seller, avec plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires vendus, ne comptez pas sur l’écriture pour payer vos factures, que vous soyez en édition ou en autoédition.
Investissement temporel
En maison d’édition (à compte d’éditeur), une fois que votre manuscrit est accepté, vous n’avez rien à payer. Rien du tout. C’est l’éditeur qui s’occupe de tout. Il vous décharge du risque financier et du temps passé à façonner le livre, en échange du droit d’exploiter l’ouvrage. Votre investissement n’est globalement que le temps passé à écrire, et éventuellement celui employé pour les dédicaces. Établissez la valeur de votre temps, et calculez combien de livres vous faudra-t-il vendre pour rentrer dans vos frais.

Investissement temporel et financier
En autoédition, vous devrez devenir comptable. Il vous faudra prendre en compte tous les frais engagés, tout en intégrant le temps passé à écrire, à chercher un prestataire, à communiquer avec lui, à démarcher les libraires, à mettre en place vos réseaux sociaux, à parler de votre livre, etc., en estimant un nombre de ventes (en fonction du prix de votre livre et du pourcentage touché) pour être rentable. Excel sera votre meilleur ami !
Conclusion
Le dilemme entre édition et autoédition est complexe. L’édition traditionnelle est difficile d’accès, avec des temps d’attente longs, les droits d’auteur sont peu élevés, mais elle garantit un rendu professionnel, vous libère des risques financiers et permet une belle visibilité en librairie.
L’autoédition vous garantit liberté et accessibilité, mais demande d’être entrepreneur et de tout gérer, sur le plan organisationnel comme pécuniaire. C’est très facile d’accès, les difficultés se présentant après : il faut réussir à rendre visible son livre, le vendre, rentrer dans ses frais (si vous avez choisi des professionnels pour vous accompagner) et le faire vivre. Ceci dit, parfois l’autoédition est la porte d’entrée dans l’édition…
