La correction, bien au-delà de l’orthographe
Pour enfin comprendre ce que ça englobe

Beaucoup de personnes pensent que pour être correctrice (ou correcteur), il suffit d’être douée en orthographe. Pourquoi payer une correctrice si un ou une professeure de français le fait gratuitement ? Pourtant, la correction n’est pas qu’une question de graphie correcte qui suit celle des dictionnaires… C’est bien plus complexe que ça. Plongeons dans les profondeurs de la réalité du métier.
Les bases

Orthographe
Bien sûr, ne le nions pas, l’orthographe est la base même de la correction. Ce n’est pas pour rien qu’on a un dictionnaire papier ouvert à côté de soi et un dictionnaire en ligne paré à rechercher toutes les incongruités que nous pourrons trouver. Ceux-ci recensent environ 100 000 mots dans la langue française ; il n’est pas aisé de retenir par cœur la graphie de tous.
Grammaire
La grammaire est tout aussi importante, puisque c’est grâce à elle que nos phrases ont du sens. Elle est garante d’une communication efficace. Elle favorise la compréhension des textes, qu’on les lise ou qu’on les entende. C’est elle qui établit les règles. Par exemple, c’est grâce à la grammaire qu’on sait si un mot est un nom ou un adjectif, et comment les utiliser.
Conjugaison
Quant à la conjugaison, elle forme la dernière partie de ce trio indispensable. Rien n’est plus bancal qu’un texte avec une concordance des temps approximative. Selon les émotions qu’on cherche à faire passer, la temporalité d’une scène, le ton général de l’ouvrage, bien choisir la conjugaison est essentiel. Pour une analepse, un temps du passé est de mise ; mais il faut savoir choisir entre passé simple, imparfait, passé composé, plus-que-parfait… Chaque temps indique comment les actions se succèdent ou s’enchaînent.
La syntaxe
Langues étrangères
Chaque langue a son mode de fonctionnement et donc sa syntaxe, qui établit comment les mots sont agencés dans la phrase et quels sont ses processus de composition. Par exemple, en allemand, certains mots, comme des conjonctions, demandent à ce que le verbe soit placé à la fin de la phrase. En anglais, le COI est placé avant le COD dans certains cas (exemple : « I gave you some biscuits » — ce qui donnerait, traduit littéralement en français, « j’ai donné à toi des biscuits »). On se rend vite compte qu’on ne peut pas suivre des syntaxes étrangères dans notre langue, car elle n’est pas faite pour ça.
Influence
Avec la mondialisation, toutes les langues exercent une influence plus ou moins grande sur les autres. On voit davantage d’influence anglo-saxonne, notamment, sur la syntaxe, au point de retrouver des expressions idiomatiques traduites littéralement (par exemple : « oui, c’est mon point » pour « that is my point » au lieu de « c’est là où je voulais en venir » ou « c’est mon propos »). Et ces anglicismes se retrouvent aussi bien dans des expressions que des mots, que l’on utilise à la place d’un équivalent français existant (comme « alternative » au lieu de « substitut » ou « variante »).

Langue des signes
Petite anecdote, j’ai appris récemment que la langue des signes française et le français n’ont pas la même syntaxe. Pourtant, cela se base sur les mêmes mots, avec les mêmes règles ; on pourrait croire que c’est similaire. D’après ce que je comprends, la langue des signes indique d’abord l’élément le plus important de la phrase. Ces différences font qu’au final, pour les personnes sourdes de naissance, le français écrit est presque comme une langue étrangère. Et cela peut complexifier la correction d’un texte écrit par une personne sourde, parce qu’on ne comprend pas la langue de la même façon. Ça peut donc être intéressant d’avoir des notions de langue des signes (ce que je compte bientôt faire).
La ponctuation

Règles précises
Autre aspect de la correction qui a son importance : la ponctuation. Le français comporte des règles précises en matière de ponctuation, dictées notamment par le Code typographique de l’Imprimerie nationale, subtilité que seuls les professionnels de l’édition et de la presse connaissent. Ce n’est pas quelque chose qui est spécialement enseigné à l’école, même dans les parcours littéraires, quels qu’ils soient.
Espacement
Ainsi, il est important de savoir que la ponctuation double (? ! ; 🙂 demande toujours au minimum une espace insécable, au mieux une espace fine entre le mot et son positionnement. C’est le contraire en anglais, par exemple, où le signe est collé au mot. Et ce n’est qu’une partie de la ponctuation, d’autres signes répondant à d’autres règles, comme les guillemets, les parenthèses et autres virgules.
Virgules
À propos de la virgule, d’ailleurs, il suffit qu’elle soit mal placée pour corrompre la syntaxe ou pour changer le sens de la phrase. Et puisqu’on ne comprend que mieux par l’exemple, en voici un : « On va manger, les enfants ? » versus « On va manger les enfants ? ».
Sans la virgule, on verse tout à coup dans une question bien plus macabre (et encore, heureusement que c’est interrogatif). Certains mots réclament systématiquement une virgule avant leur apparition, comme les conjonctions de coordination « mais » ou « car ». N’oublions pas d’encadrer également les phrases subordonnées.
Exemples illustres
Et puis on peut remercier certains auteurs classiques qui ont fait l’exercice de limiter certaines ponctuations et qui nous ont montré dans le même temps le résultat peu digeste que cela peut occasionner. Proust, pour ne citer que lui, établit une phrase de 852 mots, pas un de moins, dans La Recherche. Néanmoins, même lui, pour rendre un minimum compréhensible son propos, n’oublie pas d’insérer convenablement virgules, points-virgules et parenthèses.

Le style et la cohérence

Vérification des informations
Question de respect
Voici un autre aspect du métier de correctrice qu’on oublie bien trop souvent : le respect du style de l’auteurice et la cohérence du récit. Quand on corrige, on va bien entendu éviter d’ajouter ou de remplacer des mots qui trancheraient avec le niveau de langage et le style de l’auteurice. Dans un texte soutenu, les mots familiers n’ont pas leur place (sauf dans le cadre d’un dialogue ou d’une pensée d’un personnage), et inversement. Quand le ton est volontairement humoristique, il serait étrange de trouver tout à coup une phrase pessimiste. Si le style est lyrique, les injures sonnent faux.
Homogénéité
Il est important de veiller aussi à l’homogénéité de la plume, et de traquer lourdeurs, répétitions, passages survolés, manque de développement… Non seulement la forme est étudiée, mais également le fond, dans une moindre mesure (sauf dans le cadre d’une bêta-lecture ou d’une correction éditoriale).
La correctrice fait attention à la cohérence tout au long du récit. Cela peut aussi bien porter sur le nom des personnages que sur la chronologie des événements, les anachronismes ou la couleur d’un mur. Dans l’élan de l’écriture, il n’est pas rare que certains éléments subissent des altérations plus ou moins heureuses. La correction s’y intéresse aussi — et même particulièrement —, parce que si une mauvaise orthographe peut sortir lae lecteurice de l’histoire, c’est tout aussi vrai pour une erreur dans un élément constitutif. La vérification des informations est donc essentielle dans la correction.

Conclusion
La correction ne se cantonne donc pas à l’orthographe. La correctrice développe une panoplie d’éléments à vérifier et corriger, qui visent à améliorer le récit. C’est un métier à part entière qui requiert compétences, formation continue et sens du détail. De plus, cet exercice peut s’effectuer sur différents niveaux d’intervention, de la simple relecture à la correction approfondie. Et c’est justement la correctrice qui saura vous indiquer l’exercice le plus adapté à votre situation.
