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La réforme de l’orthographe : simplification ou polémique inutile ?

Pour comprendre de quoi il retourne

Au XVIIe siècle, l’Académie française est créée pour codifier la langue française afin d’uniformiser la graphie des mots et les règles qui la régissent. Au fil du temps, avec l’évolution de la langue, diverses réformes de l’orthographe ont eu lieu, la dernière en date en 1990. Cette réforme, qui émane du Conseil supérieur de la langue française, n’a commencé à être appliquée largement qu’en 2016, et les mots qu’elle modifie acceptent encore la graphie actuelle. Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire ?

La réforme de l’orthographe propose d’écrire certains mots de façon plus simple, ou plus en adéquation avec leur prononciation. C’est ainsi qu’un oignon perd son I (qui ne se prononce pas) ou que le verbe « paraître » peut s’écrire sans son accent circonflexe. Il n’y a aucun caractère obligatoire, ces changements sont un choix : on peut soit les appliquer, soit les refuser. Par défaut, en tant que correctrice, je ne les prends pas en compte. Mais chaque auteurice a le droit de demander que la réforme soit mise en œuvre. Il faut bien entendu penser à uniformiser tout le document dans un sens ou l’autre.

La langue française a toujours connu des évolutions. Ce n’est pas pour rien qu’on distingue notre langage de l’ancien français ou du moyen français, qu’on a du mal à comprendre aujourd’hui sans suivre des cours spécialisés. Nos accents circonflexes ont pris la place de S, comme dans « hôpital », écrit auparavant « hospital » (on peut encore le retrouver dans hospitalier, par exemple). Avant le XVIIIe siècle, les lettres J et V se confondaient avec les I et U.

Un siècle plus tard ont lieu deux réformes importantes de l’orthographe, en 1835 et 1878, avec notamment la transformation des trémas sur le E en accents graves ou aigus (comme pour « poëte »), et les pluriels comme « enfans » se voient rajouter un T avant le S. Il s’agit donc d’une continuité, et non pas d’un changement drastique jamais vu auparavant.

Les réformes de l’orthographe ne sont pas une exclusivité française, laissons un peu de côté notre fierté nationale. Dans les pays germanophones, il y en a eu une en 1996, qui a notamment simplifié les ß (eszett, le son de deux S). Au Portugal, en 2008, la langue a été uniformisée pour la faire correspondre à la réalité du pays et à celle du Brésil. C’est donc une tendance commune aux langues vivantes, pas une lubie de l’Académie française.

En voyant l’irrégularité de certaines règles, l’absence de justification pour des graphies particulières ou la complexité inutile de quelques exceptions, les immortels ont validé les propositions de simplification, qui ont provoqué de vifs débats en 2016, au moment de l’annonce de l’application de la réforme dans les manuels scolaires. Le mot « nénuphar », par exemple, s’est retrouvé au cœur d’une discorde : faut-il vraiment perdre le ph au profit du f ? Si on suit l’étymologie du mot… Oui. Contrairement à ce que l’on pensait, il ne vient pas du latin nymphea, lui-même emprunté au grec (qui est la seule langue avec la lettre φ, qui donne le fameux ph). En réalité, le mot « nénuphar » vient du persan nilufar. La graphie qu’on connaît aujourd’hui a été introduite au XIXe siècle.

Il y a 10 nouvelles règles, qui concernent surtout les traits d’union, les accents circonflexes, les accents graves, les trémas, le pluriel des mots empruntés à d’autres langues, la soudure de certains mots et d’autres éléments plus anecdotiques. Par exemple, les nombres écrits en toutes lettres s’écrivent avec des tirets entre chaque mot (avant, cela concernait seulement les nombres inférieurs à cent). L’accent circonflexe sur le I ou le U n’est plus obligatoire, sauf quand il y a un risque de confusion, comme pour mûr/mur ou jeune/jeûne. Ou encore des mots comme événement ou réglementaire changent d’accent pour suivre la prononciation. Je ne vais pas énoncer toutes les règles ici, il y a suffisamment de guides en ligne.

Parfois, la langue française aime complexifier à outrance les choses, et crée des exceptions qui n’ont pas forcément lieu d’être. La réforme en profite pour corriger ces anomalies difficiles à justifier : « boursoufler » gagne un second S (pour suivre souffler), « dissous » prend un T final (pour correspondre au féminin dissoute), « imbécillité » perd un L (pour calquer imbécile, d’autant qu’on ne prononce pas les deux L comme dans « fille »), etc. Il s’agit d’harmoniser les mots de la même famille qui, pour une raison inconnue, ont décidé d’être rebelles au fil du temps. 

Les principaux réfractaires à cette réforme le font surtout par attachement pour la langue, considérée comme un patrimoine auquel il ne faut pas toucher. C’est la même logique que pour les mots qu’on réintroduit, comme autrice, qui sont jugés « moches » à l’oreille, tout simplement parce qu’on n’est pas habitué. Pourtant, c’est le principe même d’une langue vivante : elle évolue. Cela se traduit dans sa forme, sa sonorité et son fond.

L’un des principaux problèmes posés par l’acceptation de deux graphies différentes pour un même mot est que la plupart des gens ne connaissent que l’orthographe traditionnelle. Ainsi, ils vont considérer l’autre orthographe comme fautive, ce qui peut se répercuter sur la personne qui l’a écrite. Néanmoins, la majorité des correcteurs automatiques acceptent bien les deux possibilités d’écriture !

La réforme de l’orthographe de 1990, créée par le Conseil supérieur de la langue française, en association avec l’Académie française, veut simplifier certaines règles et exceptions de notre langage. Elle est aujourd’hui enseignée à l’école, mais l’édition et la presse ne l’appliquent pas. Cela explique que peu de francophones la connaissent et que les enfants soient troublés par la différence entre l’enseignement et leurs lectures. Mais que vous écriviez ognon ou nénufar, l’essentiel est d’être cohérent et de se faire comprendre. La langue est en perpétuel changement, qui sait à quoi le français ressemblera dans deux siècles ?