L’Académie française contre les femmes dans la langue
Pour démasculiniser la langue

Depuis sa création en 1634 par Richelieu, l’Académie française s’est efforcée d’apporter des règles à notre belle langue. En effet, avant ça, les auteurs écrivaient un peu comme ils le souhaitaient, inventant des graphies, des mots, des tournures de phrases… Il était bien difficile à l’époque d’être correcteur. Au passage, les pensées et les mœurs de jadis ont établi que les femmes étaient inférieures aux hommes. Ni une ni deux, l’Académie française s’est emparée du sujet et a décidé de rendre effective cette infériorité dans la langue.
Le masculin l’emporte sur le féminin

Masculin noble
En 1651, Scipion Dupleix disait : « Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut tout seul contre deux ou plusieurs féminins, quoy [sic] qu’ils soient plus proches de leur adjectif ». On lit plus tard, de Nicolas Beauzée en 1767, que « le genre masculin est réputé plus noble que le féminin, à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. » C’est à ce moment-là, en plus de supprimer l’accord de proximité qui existait alors, que cette règle subsistant encore aujourd’hui a été imposée.
Le neutre n’existe pas
Certains linguistes rétorquent aux détracteurs de cette règle datée qu’en fait ce n’est pas du masculin, mais du neutre. C’est faux. Le neutre n’existe pas en français. Il existe des formulations neutres, mais le genre neutre grammatical n’existe pas. Ce n’est qu’une piètre tentative de justifier cette règle qui n’a plus lieu d’être.
Féminin soumis
Cette règle grammaticale a un réel fondement idéologique et sexiste. C’est parce qu’on pensait, à l’époque, que les femmes valaient moins que les hommes, peu importe leur nombre, qu’elle a été créée de toutes pièces. Cela a fait dire à Eliane Viennot, historienne de la littérature, que « l’Académie française a travaillé à faire du masculin le genre grammatical devant lequel l’autre devait soit montrer sa soumission, soit disparaître purement et simplement ». Avant 1630, aucune femme n’a été désignée au masculin dans la langue.
Effacer les formes féminines des métiers
De l’autrice à la professeuse
Saviez-vous qu’au XVIIe siècle on disait autrice ? Médecine ? Poétesse ? Philosophesse ? Peintresse ? Professeuse ? Avant l’intervention de l’Académie française, les noms de métier avaient déjà leur forme féminine, notamment parce que les veuves reprenaient les affaires de leur mari décédé.
Des métiers masculins
Cependant, les immortels de l’Académie ont décidé qu’il s’agissait de métiers masculins, que les femmes n’avaient certainement pas à exercer, pour la même justification vue plus haut. Les métiers intellectuels ou scientifiques n’étaient pas destinés aux femmes, jugées limitées intellectuellement et, bien sûr, impures. Il leur paraissait donc logique d’effacer ces mots qui attestaient pourtant d’une réalité vécue.

Démasculiniser la langue
L’évincement du féminin dans la langue est la conséquence d’une tendance idéologique. N’est-il pas juste de retrouver ces mots, maintenant que les femmes sont à nouveau autorisées à exercer certains corps de métier ? Selon Claudie Baudino, « ne pas féminiser les noms de métier, c’est invisibiliser les femmes ».
Interdiction de siéger à l’Académie française

346 ans d’hommes
Marguerite Yourcenar est la première femme élue à l’Académie française. En quelle année ? 1980. Soit 346 ans après la création de l’institution. Il a fallu trois siècles et demi pour que les immortels acceptent de reconnaître que les femmes aussi peuvent écrire et peuvent réfléchir sur la langue. Depuis, 11 femmes au total ont été élues.
Polémique de l’académicienne
Et encore, cela a causé tout une polémique à l’époque, certains académiciens exprimant avec virulence leur rejet de cette idée. Ce refus a occasionné des propos d’un sexisme et d’un racisme gras, comme Pierre Gaxotte qui dit : « Si on élisait une femme, on finirait par élire aussi un nègre. » Bel exemple de conservatisme et d’intolérance, bravo l’Académie.
Langue figée ou langue vivante ?
L’Académie française est censée être la gardienne de la langue française, dite immortelle. Est-on vraiment gardien si on efface la moitié d’une population ? Peut-on vraiment conserver des principes d’un autre temps, dans une langue vivante qui, par conséquent, évolue ? Une langue figée qui n’accepte ni création, ni évolution, ni oubli progressif est une langue morte. Mettre un carcan strict à quelque chose de vivant ne peut pas fonctionner. On serait bien incapable, aujourd’hui, de comprendre facilement le vieux français.
Conclusion
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais je veux rester dans un format court et ne pas vous assommer avec une thèse revendicatrice. Sur le sujet, Eliane Viennot est bien plus spécialiste que moi. Si cela vous intéresse, je vous invite à lire ses livres Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin (2014, éditions iXe) ou L’Académie contre la langue française (2016, éditions iXe). Pensez-vous que l’Académie française fait suffisamment d’efforts aujourd’hui pour contrer trois siècles d’effacement des femmes ?
