Développer une voix écrite unique | 4 stratégies clés
Pour se démarquer

Le monde de l’écriture, et plus largement de l’édition, est concurrentiel. Développer une voix écrite unique est indispensable pour vous démarquer. De nombreux auteurs et autrices se sont fait connaître grâce à leurs particularités, à leur style bien défini, comme Albert Camus, le seul capable de commencer un incipit par « Aujourd’hui, maman est morte ». Cependant, trouver votre marque de fabrique n’est pas une démarche évidente. Retrouvez quelques conseils dans ce top 4 des stratégies pour développer une voix écrite unique.
1 – Identifiez votre public cible
Connaître les lecteurs
Pour commencer, développer votre voix écrite passe nécessairement par la connaissance intime de votre public cible. Et ce, qu’importe votre genre de prédilection. Posez-vous ces questions simples mais fondamentales : qui sont vos lecteurs ? Quels sont leurs besoins, leurs attentes ? Comment rendre votre récit plus engageant pour eux ?


Faire des recherches en amont
Il existe déjà des données sur le public cible des divers genres littéraires sur Internet. Par exemple, les essais vont intéresser un public plutôt instruit, qui cherche des réflexions profondes et un style davantage soutenu.
La littérature jeunesse est destinée en premier lieu aux enfants et adolescents, mais peut aussi toucher ceux ayant gardé leur âme enfantine. Il faudra veiller à adapter au lectorat visé le niveau de langage et les sujets abordés.
En fantasy, le public cible sera davantage sensible à la pop culture, souvent issu d’une génération qui a connu l’essor de ce genre. On peut s’autoriser une complexité dans la construction de l’univers, des personnages, de leurs relations, et aborder des thèmes difficiles.
Personnaliser la recherche
Pour aller plus loin, vous pouvez aussi faire vos propres recherches sur les centres d’intérêt de votre public cible : via des sondages, des outils d’analyse comme Google Analytics, mais également par le biais d’enquêtes. Vous pouvez aussi interagir et interpeller directement vos lecteurs en passant par vos réseaux sociaux, surtout si vous avez une communauté engagée et fidèle à vos côtés.

2 – Cultivez votre style personnel

Adapter son style au public cible
Une fois que vous avez récolté assez d’informations sur votre public cible, la seconde étape consiste à adapter votre ton et votre style d’écriture en conséquence. Par exemple, si vous vous adressez à la catégorie young adult, le niveau de langage ne sera pas aussi exigeant que pour un public adulte.
Quelques exercices de style
Pour développer puis affiner votre plume, il n’y a pas de secret : il faut la travailler. En explorant plusieurs techniques, vous pourrez mieux vous connaître et parfaire votre art. En guise d’entraînement, vous pouvez par exemple :
Essayer d’autres formats
Des articles de blog, des poèmes, des nouvelles, qu’importe. Prenez ces supports comme des exercices de style pour trouver votre patte. Par exemple, une narration captivante dans une nouvelle peut tout à fait vous entraîner à tenir en haleine le lecteur dans votre futur roman.


Jouer avec la structure
En testant plusieurs structures de texte, comme la structure enchâssée (un récit dans le récit), la structure par répétition (scènes répétées avec des variations) ou encore la structure en problème-solution (un problème puis sa résolution, plusieurs fois à la suite), vous gagnez à la fois en expérience, mais vous trouverez aussi la structure qui vous plaît le plus et qui correspond le mieux à vos objectifs.
Tester divers tons et registres
En faisant varier le ton (dramatique, humoristique, didactique…) comme le registre (lyrique, satirique, épique…), vous pourrez évaluer comment ces derniers influencent le récit et lui donnent une tout autre atmosphère. Et pour cause, un ton informatif, humoristique ou misant sur le registre émotionnel n’impactera pas le récit de la même manière.
C’est un peu de la même façon qu’une musique influence la scène d’un film (ne me dites pas que vous n’avez jamais vu le détournement d’une scène du Seigneur des Anneaux, avec une mélodie loin de l’épique !). Il vous suffira par la suite de les ajuster en fonction de votre public cible.
3 – Lisez et inspirez-vous des auteurices
Lire la littérature existante
Afin de développer une voix écrite unique, découvrir une grande variété de styles littéraires est aussi une approche pertinente. Et pour cause, en étudiant les œuvres d’auteurs et autrices aux styles différents, vous vous enrichissez d’une multitude de techniques d’écriture. Pour ce faire, vous pouvez :
Se pencher sur les classiques
Lisez des classiques en fonction du style littéraire visé. Par exemple, si vous êtes intéressé·e par la fantasy, plongez dans l’univers de J.R.R. Tolkien et ses œuvres intemporelles telles que Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit : des récits qui ont tout bonnement défini et inspiré le genre.
Ne cherchez pas à aller aussi loin que Tolkien : être un génie n’est pas une condition nécessaire pour écrire un bon livre. Si la construction précise d’un univers est nécessaire en fantasy, il n’y a nul besoin d’inventer quinze langues pour autant.
S’intéresser aux auteurices contemporains
Consultez les récits d’auteurices modernes dans différents genres et formats, des romans aux nouvelles en passant par les essais. Les écrivain·es contemporains expérimentent souvent des structures narratives et des voix distinctes, ce qui peut offrir des idées innovantes pour votre propre écriture.
Pensez par exemple aux auteurices de l’Oulipo : Georges Perec a écrit La Disparition, tout un livre célèbre pour cette raison sans la lettre E (ce qu’on appelle un lipogramme). Non seulement l’exercice est difficile, mais il sert aussi le récit : l’auteur y parle de la disparition de son père.


Faire des choix
Une fois que vous avez approfondi différents styles, il est important de sélectionner et d’incorporer les éléments qui résonnent avec votre propre voix. Voici comment procéder :
Identifier les éléments inspirants
Notez les styles et les techniques que vous trouvez intéressants au regard de vos objectifs et de votre plume. Il peut s’agir de la manière de décrire les émotions, du choix du vocabulaire, le registre de langue ou des structures narratives qui vous inspirent.
Adapter les techniques à sa voix écrite
Intégrez ces éléments dans votre écriture tout en les adaptant à votre voix personnelle. Il ne s’agit pas de copier bêtement ce qui a déjà été fait, ce serait considéré comme du plagiat (dont il faut se protéger). Par exemple, si vous admirez la façon dont un auteur utilise l’ironie, trouvez une manière de l’appliquer qui se marie bien avec votre propre style.
Maintenir l’authenticité
Assurez-vous que les éléments que vous incorporez ne vous influencent pas de manière excessive. L’objectif est de les utiliser pour enrichir votre style sans sacrifier l’authenticité et la singularité de votre voix écrite.
4 – Utilisez un vocabulaire spécifique
Cultiver sa singularité
Un vocabulaire spécifique et bien choisi peut grandement contribuer à renforcer votre voix écrite ainsi qu’à vous démarquer. Pour développer un lexique bien à vous, commencez par créer une liste de mots-clés en identifiant les termes et expressions propres à votre domaine ou sujet d’écriture.
Par exemple, si vous souhaitez vous spécialiser en littérature de l’imaginaire, familiarisez-vous avec le jargon inhérent aux différents genres, tel que les champs lexicaux relatifs à la magie, aux créatures fantastiques ou aux mondes inventés, par exemple.


Garder un dictionnaire des synonymes sous la main
Utilisez des synonymes pour éviter la répétition et créer une véritable richesse sémantique, rendant ainsi votre écriture plus engageante. Il n’y a rien de plus déstabilisant pour les lecteurices de lire le même mot plusieurs fois à la suite ou que les personnages soient mentionnés de la même façon systématiquement.
Il ne faut pas oublier que les répétitions, à moins qu’elles ne soient voulues (répétition d’expressions pour renforcer le côté dramatique, par exemple), plombent la fluidité de votre récit et donc de votre plume.
Adapter le niveau de langage
Il ne faut bien sûr pas oublier d’adapter votre vocabulaire à votre public en choisissant un langage qui correspond à votre audience cible. Il est évident qu’on peut difficilement utiliser des mots comme « immarcescible », « soliloquer », « lénifier » dans un livre destiné aux jeunes adolescents.
Devoir sortir de sa lecture pour vérifier régulièrement la définition d’un mot dans le dictionnaire risque de réduire à néant l’intérêt des lecteurices pour votre récit. En revanche, vous pouvez prendre le parti de les intégrer mais de les expliquer en note de bas de page, par exemple.

Conseil bonus

Éviter les clichés et les expressions génériques est indispensable si vous souhaitez sortir du lot et renforcer votre originalité. Pour y remédier, identifiez les expressions toutes faites dans vos écrits et remplacez-les par des formulations qui vous ressemblent, quitte à être audacieux. Par exemple, au lieu de garder une expression comme « avoir des étoiles dans les yeux », vous pourriez écrire « des fragments d’étoiles dansaient dans ses yeux » ou encore « son regard capturait la lumière des étoiles les plus lointaines ».

Conclusion
Développer une voix écrite unique est essentiel pour sortir des sentiers battus et prospérer dans un paysage littéraire concurrentiel. En suivant ces quelques conseils, vous pourrez créer une identité forte et laisser une empreinte indélébile dans le cœur de vos lecteurices. Alors, qu’attendez-vous pour partager vos écrits avec le monde et faire résonner votre voix ?
Et comme je suis sympa, voici une source complémentaire sur les structures narratives.
