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Les erreurs de mise en page

Pour des écrits professionnels

Quand on s’auto-édite, on ne sait pas forcément qu’il y a des règles éditoriales précises dans la mise en page d’un livre. Cette lacune peut parfois mettre à mal la crédibilité de l’auteurice, car ça ne paraît pas très sérieux. Lorsqu’on n’est pas du métier, on ne peut pourtant pas le deviner. Explorons ensemble les différents points auxquels il faut faire attention lors de la mise en page.

Pages liminaires

Chaque ouvrage doit intégrer certaines informations, et ce à des endroits précis, sur ce qu’on appelle les pages liminaires. Celles-ci concernent toutes les pages qui ne sont pas le récit en lui-même. Ce sont donc les pages de titre, le sommaire ou table des matières, les mentions légales… La plupart de ces pages ne comportent pas de numéro de page (ou folio). Ainsi, la convention veut que le texte commence en page 5, sauf si vous y placez une table des matières (le sommaire se trouve à la fin d’un ouvrage), alors ce sera en page 7. Sont comprises dans le texte les diverses dédicaces que vous souhaitez ajouter. Avant ça, on trouve la page de faux titre et la page de titre. Cette dernière est complétée au verso par les mentions légales.

Belle page

Les éléments importants, comme les pages de titre, les dédicaces, les prologues, les débuts de chapitre, etc., doivent commencer en belle page, soit en page impaire (à droite). Il s’agit de la page la mieux perçue par les lecteurices, parce qu’on tombe directement dessus lorsqu’on ouvre le livre. Le verso, soit la page paire, à gauche, est aussi appelé la fausse page. Ainsi, lorsqu’un chapitre termine sur une page impaire, il faut rajouter un feuillet blanc pour que le chapitre suivant commence bien en belle page.

Folio

Le numéro de page doit figurer tout au long du récit, à partir du prologue, avant-propos ou premier chapitre. Il y a néanmoins des moments où il s’efface, notamment sur les pages liminaires, comme on l’a vu plus haut, et sur chaque dernière page de chapitre. Faites bien attention à placer les chiffres impairs sur les pages de droite.

Hiérarchie visuelle

Pensez à la cohérence de vos éléments : vous vous doutez que le titre doit être davantage mis en valeur que le texte courant. Les éléments de même nature (titre, sous-titre / texte, note de bas de page, etc.) gardent la police choisie, mais varient en taille. Il faut également songer à conserver une mise en forme identique tout au long du livre : même espacement avec le haut de la page, avec les bords, même taille de police (et même police, bien sûr !)… Évitez d’insérer plus de trois polices différentes dans l’intégralité de l’ouvrage, au risque de surcharger visuellement la page.

Marges

a) Petit et grand fonds

Dans un livre, on trouve ce qu’on appelle le petit fond, le grand fond, le blanc de tête, le blanc de pied et le fond perdu. Tout cela concerne les marges qui encadrent le texte. Le petit fond est à l’intérieur de la double page, là où se situe la pliure du livre. Il doit être suffisamment large pour que chaque mot reste lisible, une fois l’ouvrage ouvert. Il est néanmoins plus petit que le grand fond, sur le côté extérieur des pages. Dites-vous que vous devez pouvoir placer l’empreinte de votre pouce en tenant le livre.

b) Blancs et fond perdu

Le blanc de tête et le blanc de pied, comme le nom l’indique, désignent le haut et le bas de la page. Dans le premier, on trouve souvent le titre du roman ou du chapitre en cours et le nom de l’auteurice. Dans le second, on place le folio. Ils doivent être suffisamment importants pour que le tout reste lisible et ne cogne pas le texte. Enfin, le fond perdu, situé en dehors de la page, est important surtout quand on intègre des images : celles-ci doivent l’atteindre pour éviter une marge blanche lors de la coupe.

Mise en place du texte

a) Justification et lézardes

La justification peut entraîner des espacements entre les mots trop grands, jusqu’à créer des lézardes. Sous ce nom se cachent deux lignes successives où apparaissent des trous entre les mots. Il convient bien entendu de les éviter, en jouant avec l’approche des lettres ou en acceptant les césures.

b) Interlignage et espacement

Pour obtenir un beau gris typographique, il est important que l’interlignage ne soit pas trop grand ni trop étroit. Les accents doivent être visibles sans cogner dans la ligne supérieure, et les jambages inférieurs (ce qui descend des lettres p, g, q, j, y en minuscules) sont dissociés des jambages supérieurs, ou hampe, (t, d, f, h, k, l et b en minuscule) de la ligne inférieure. L’interlignage ne doit pas être si important qu’il donne l’impression qu’une ligne supplémentaire pourrait s’y glisser. De la même façon, l’espacement des lettres (l’approche) est suffisant pour qu’on les lise facilement et qu’on distingue bien chaque mot.

c) Césures

Les césures sont régies par des règles précises et des conseils. La plupart des logiciels de traitement de texte ont l’option automatique, ne rajoutez pas vous-même des tirets. On évite les césures sur trois lignes consécutives et sur les mots de moins de 5 lettres. Il est conseillé d’autoriser la césure à partir de la troisième lettre et avant la troisième lettre. Pensez à faire attention aux césures peu heureuses, comme « con-séquence » ou « or-bite ». Lorsqu’un mot est composé, il convient de faire la césure au niveau de son tiret. Ne laissez pas un nombre seul en bout de ligne, rattachez-le toujours à son unité de mesure. Évitez également de couper le dernier mot d’un paragraphe. Il y a bien entendu d’autres conseils pour bien utiliser les césures.

d) Veuves et orphelines

Ce nom plutôt poétique désigne une ligne qui se retrouve seule en fin (orpheline) ou en début (veuve) de page. Il s’agit donc soit du début du paragraphe, soit de ses derniers mots. Les logiciels de traitement de texte ont généralement une option automatique pour les éviter : sous le même nom dans Word, sous celui de « ligne solidaire » dans InDesign. Il convient également d’éviter de laisser le dernier mot d’un paragraphe seul sur une ligne, même en plein milieu de la page. C’est valable aussi pour les titres qui prennent plusieurs lignes : pensez à bien répartir les mots pour que ce soit esthétique. On évite donc d’avoir une ligne de titre pleine suivie d’une autre creuse.

Choisir la police

Il y a deux grands types de police d’écriture parmi les plus utilisés : les serifs, avec empattement, et les sans-serifs, sans empattement. Les premiers, avec empattement, sont plutôt réservés au corps de texte dans un livre, tandis que les seconds conviendront bien aux titres. C’est une question de lisibilité : les polices serif sont plus lisibles sur papier que leurs homologues sans-serif. Sur le web, on a tendance à éviter les empattements. De plus, chaque police a une taille différente selon le chiffre demandé, faites donc attention à ce qu’elle soit suffisamment grande. Une taille 12 sur Helvetica sera plus importante que sur Garamond.

Graisse et italique

Dans un livre, on évite de graisser les mots, sauf dans les titres, à moins de faire un ouvrage qui joue avec les codes de typographie. Dans un roman, le gras n’a pas lieu d’être (de même que le soulignement). Cela contrevient au gris typographique qu’on essaie de mettre en place avec, entre autres, la justification. Quant à l’italique, il peut être utilisé, mais sans contrevenir aux règles de son usage. Il existe notamment pour mettre en valeur les mots étrangers, les titres d’œuvre, les pensées indirectes ou des mots particuliers afin de faire varier le ton. On ne l’use pas pour une citation, et on évite de le doubler avec des guillemets.

Signes de ponctuation

Sont compris dans la typographie les signes de ponctuation. En français, nous en avons des spécifiques, qu’on utilise d’une certaine façon. Par exemple, les guillemets à intégrer sont bien entendu les français : « Ceux qui utilisent des guillemets anglais sont, pour citer ma prof, des “andouilles” ». Si, comme dans mon exemple, vous avez besoin de guillemets à l’intérieur des guillemets, les seconds seront anglais. En outre, les apostrophes sont toujours courbes, et non pas droites. Les incises seront introduites de préférence par des tirets semi-cadratins – même si tout le monde les confond –, et les dialogues avec les cadratins. Et tout cela se fait en utilisant les bonnes espaces (terme féminin en typographie), insécables devant les doubles ponctuations et ponctuations fortes.

Majuscules

Voici un point de discorde récurrent, surtout avec les auteurices de fantasy, atteint.e.s régulièrement de ce qu’on appelle dans le jargon la « majusculite aiguë ». C’est la tendance à mettre des majuscules (ou capitales) partout, sans prendre en compte les codes déjà mis en place (institutions, noms topographiques, allégorie…). Par exemple, dans l’incise d’un dialogue, peu importe la ponctuation qui la précède, on ne mettra jamais de majuscule. Quand il y a effectivement une majuscule (comme pour un nom propre ou après une ponctuation forte), on n’oublie pas de l’accentuer si elle le demande. On n’abusera pas non plus des petites capitales, qui sont à utiliser à des moments bien précis.

La mise en page de son ouvrage n’est pas à prendre à la légère : les lecteurices sont habitué.e.s à certains codes éditoriaux et peuvent être troublés, voire irrités, de leur absence. Tous les éléments cités précédemment sont importants à mettre en place pour gagner en professionnalisme et asseoir votre légitimité. Quand une mise en page est réussie, elle se fait oublier ; les lecteurices ne doivent pas buter sur des erreurs de forme.